Manifestation tragique  
 
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24 / 02 / 2006, 00:39

Manifestation tragique.

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Avertissement avant lecture

 

J’ai longuement hésité à mettre en ligne ce texte. Et puis, je le trouve tout de même indispensable pour expliquer « jusqu’où peut aller la guerre contre les majors ».

La date n’est pas innocente, comme la plupart de celles que j’utilise.

Elle rappelle bien sûr un fait similaire. Néanmoins, ce rappel n’est pas pour donner un avis sur ce qui s’est passé alors, mais juste pour dire que certains dérapages peuvent se produire, et que quelqu’un, venu manifester même correctement son opinion, prend un risque qui n’est pas anodin. J’espère parvenir à rendre un hommage à tous les Gavroches passés et futurs sans encourager de vocation. (A ce moment là, il y avait appel des collégiens pour aller manifester contre le CPE )

J’ai aussi choisi de ne pas trop coller à la réalité du fait divers « inspirateur » afin de ne pas rentrer dans la polémique du racisme, polémique inutile dans un sujet sur le DADvSI. De plus, un individu a beau appartenir à un groupe, le meilleur moyen de le respecter est toujours de le considérer comme un individu. En ces jours où la bêtise et l’horreur n’ont épargné aucune communauté dans l’actualité, je tiens à dire que la réduction d’une personne à sa couleur politique, sa couleur de peau, sa religion, son uniforme, son sexe ou même ses habitudes sexuelles est une négation de cette personne car elle est fondue dans une catégorie qui ne tient pas compte de son unicité. En cas de drame, cette réduction peut occulter l'hommage du à la personne elle-même et à ses proches. Le débat doit être différé par respect et pour qu'il puisse se tenir posément et efficacement.

Même lorsque je critique un groupe politique, les américains etc…, je critique des actes ou des opinions que je juge contestables, mais je ne juge pas des personnes. J’ai aussi choisi 2008 au lieu de 2006 car on connaît le nom des responsables politiques d’aujourd’hui et non ceux de demain. Je ne peux pas accuser des personnes réelles d’actes futurs plus ou moins reluisants imaginaires, ni prétendre ou laisser supposer qu’elles en seraient capables.

Néanmoins, si des personnes se sentent choquées par ce texte, je leur demande de me le faire savoir. Avec honnêteté de part et d’autre, il peut être possible de retoucher sans en changer le sens voulu, qui en aucun cas ne veut nuire à quelqu’un.

 

 

5 décembre 2008.

 

Tribunal de Versailles. Vingt sept internautes sont inculpés de « copie illégale » de fichiers copyrightés. Le plaignant, Home Vidéo a la part belle. A partir de 3 goct de données mises à disposition sur le net, l’amende encourue est de 3750 euros. Ce texte, initialement prévu pour des fichiers audio parle ainsi de « diffusion massive », alors qu’il s’agit de même pas un DVD.

 

Ce texte n’a pas évolué depuis 2006, date à laquelle la majorité de droite l’a fait passer de force face à l’opposition générale.

 

Depuis, les internautes en demandent la révision, mais le gouvernement de gauche préfère s’occuper de la lutte contre le déficit. Et, par erreur de calcul lui aussi, assimile le piratage à un manque de rentrée fiscale (TVA 22.6 ).

 

Les associations d’internautes se sont mobilisées et cette fois ne se contentent pas de faire du remue-méninges sur le Net. Le gouvernement n’en a plus rien à faire de ses discussions stériles où des petits merdeux se montent le bourrichon. Toutes les manifestations en faveur de la licence globale antérieures à 2007 étaient un prétexte à récupérer des voix. D’ailleurs, la licence globale n’est pas une idée uniquement de gauche. Et puis, certains n’en veulent même pas de cette licence, qu’ils appellent « la redevance bis ».

 

Ils sont prés de trente mille entre la gare de Versailles –Rive Gauche et le tribunal. Et seulement 300 mobiles et 150 CRS. Les mobiles ont des sections sur les grands axes, tandis que les CRS sont assiégés et font rempart autours du tribunal. Les noms d’oiseaux commencent à pleuvoir. Un peu différents que d’habitude. « Suppôts des majors ! » ça les a surpris. « DRMerdes ! » ils n’ont compris que la fin. « P2PD », c’était homophobe, mais ça marche toujours pour exciter la troupe. « Les mules du PAF » ils ont bien compris de travers.. Et puis l’assortiment de base auquel à droit tout service d’ordre confronté à une foule en colère, bloquée 100 mètres avant le tribunal alors qu’elle voulait se faire entendre dans la salle d’audience.

 

Dans les rues adjacentes, des manifestants, non internautes, mais bien décidés à en découdre, puis à profiter ensuite du désordre pour piller quelques boutiques, commencent à desceller les beaux pavés décoratifs des allées piétonnes.

 

Informé du désordre, le juge décide de reporter la séance. Les prévenus conduits à la sortie peuvent constater leur popularité. Le chef d’escadron décide de les évacuer afin que la foule se disperse. Il les fait monter dans un fourgon… C’est la méprise et l’explosion. Les premiers rangs sont poussés sur les barrières retenues par les CRS. Il y a danger de mort à les retenir plus longtemps, et il est inutile de les matraquer : ils ne peuvent pas reculer. A l’arrière, les CRS mettent les masques et tirent en catastrophe des grenades lacrymogènes un peu partout sur la foule pour la disperser, et surtout pour qu’elle cesse sa pression en avant. Mais le premier rang de CRS, non équipé de masque, lâche les barrières. Celles-ci s’affaissent. Chute des premiers rangs des manifestants, puis bousculades vers l’avant, autre direction de fuite. Des dizaines de personnes ne parviennent pas à se relever et sont piétinées.

 

Les CRS les plus exposés se replient en désordre derrière les rangs de leurs camarades tandis qu’une première salve de balles en caoutchouc mitraille les manifestants. Les premiers pavés commencent à tomber sur les casques et boucliers et une centaine de jeunes cagoulés et casqués enfonce les rangs. Les manifestants non agressifs essaient de trouver refuge dans le tribunal, dont les portes n’ont pas été verrouillées. Ils sont repoussés par des CRS aux yeux rouges, ceux qui ont tout pris dans la gu…les insultes, le gaz puis les pavés. Un jeune homme s’appuie sur un mur dans le st1:PersonName>hall. Trois mahousses costauds l’entourent. On ne voit rien.

 

2 heures plus tard, le calme est revenu… dans la rue. Devant les nombreux micros, un colonel de gendarmerie explique qu’un jeune garçon de 22 ans environ est mort, en plus des nombreux blessés (137 dont 42 graves).

 

L’enquête a déjà commencé. Rien ne permet pour l’instant de dire que les traces de coups retrouvées sur le corps soient dues aux fonctionnaires de police qui l’ont entouré lors de son arrivée dans le hall. Il aurait pu aussi se faire ces contusions graves contre les barrières.

 

On recherche aussi des responsabilités parmi les organisateurs de la sécurité du tribunal pour cette journée qu’on aurait du savoir « à haut risque ».

 

Entre cette date et la fin de la présence des majors en France, aucune autre plainte de téléchargement illégal ne sera  prise en compte devant un tribunal.

 

© 2006