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09 / 03 / 2006,
23:54
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Septembre 2014
Alexis finit son petit déjeuner. Aujourd’hui, il s’est levé plus tôt, et
il est heureux. Il a neuf ans et c’est la rentrée des classes. Il a eu trois
mois de vacances au lieu de deux car en juin, les classes ont été fermées dans
toute la Bretagne et la Normandie. Il y avait les américains qui
débarquaient.
Il les avait vus de derrière sa fenêtre, alors que sa mère ne surveillait
pas. Il savait pourtant que c’était interdit. Il y avait des chars et des hommes
qui marchaient derrière.
Et son père était sorti en « mission » à la terrasse du café pour les
regarder passer. Il en riait encore de les voir courir, dégoulinant de sueur
avec tout leur équipement sur le dos, se cognant les uns aux autres au moindre
ralentissement car ils regardaient en l’air , apeurés à l’idée d’un tir de
sniper à partir d’une des si nombreuses fenêtres, et repartir sous les
aboiements de leur chef d’élément. Et lui commandait de larges bocks de bière
fraîche (sans alcool) et trinquait à leur santé. La guerre psychologique avait
commencé et à tous les cafés, les fantassins lorgnaient déjà sur la tentation de
laisser tomber leur mission.
Puis il y avait eu des vacances raccourcies à la mer. Son père avait plus
de travail, et quand il avait demandé « tu vas encore au café ? », il avait ri,
mais bien vite repris sa mine sombre.
Durant les vacances, il voyait ses petits camarades quatre heures par
jour, et encore pas tous, car chacun partait à la mer à son tour. Ils étaient au
complexe éduco-sportif et suivaient les activités souhaitées. Puis au retour, il
y avait les devoirs de vacances et les infos, avant de pouvoir jouer librement
dans la chambre.
Aujourd’hui, il allait suivre un film d’histoire, puis un documentaire.
Il irait ensuite à l’école, où avec le maître, ils allaient reparler du film et
du documentaire. Puis, après le repas à la cantine, et la pause d’après manger,
il y aurait cours de Français et de maths. De retour chez lui après une petite
collation (prise à l’école), il aurait un petit résumé à lire, puis des
exercices portant sur ses cours. Après son petit quart d’heure d’informations,
il serait libre de son temps.
Il pouvait aussi choisir d’aller pratiquer une activité sportive ou une
activité artistique. Il avait droit à une activité impérativement pratiquée
toute l’année et des « ateliers découvertes ». Comme beaucoup de ses copains, il
faisait du foot, mais il était bien intéressé par faire un peu de karaté et d’ «
informatique amusante ».
A 18 h 30, il serait disponible pour être avec soit sa mère, soit son
père, soit les deux.
Cette petite vie d’enfant de son âge, en France, en 2014, allait être
malheureusement perturbée aujourd’hui.
Sa mère vint le chercher à l’école. Ils prirent une voiture pour aller à
l’hôpital. Devant une porte, il y avait deux soldats américains. Son père était
derrière, allongé, méconnaissable sous les bandes blanches. Il semblait dormir,
mais sa mère pleurait. Certaines bandes étaient tachées de rouge. Alexis prit la
main de son père, la trouva lourde et froide et alla pleurer contre sa
mère.
En sortant, il donna un coup de pied dans la jambe du garde. Celui ci se
crispa, puis s’écarta honteux. Sa mère le tira en arrière et l’entraîna vers
l’ascenseur.
« Ton père est un héros » lui dit-elle comme pour le consoler.
Trois
jours plus tard, à l’enterrement, il y avait toute la famille, quelques amis de
son père et un monsieur étrange. Ce monsieur, avant de partir, prit deux
sucettes dans sa poche, lui en offrit une et lui dit la même
chose.
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