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18 / 03 / 2006, 18:10o:p>
16 mars 2006
8h 30
Un jeune homme en région parisienne. Il est à la sortie d’une station de
métro. Il fait beau bien qu’un peu frais. Mais il a gardé son bonnet. Il est
habillé pour supporter le froid, avec des vêtements défraîchis et un peu sales
malgré ses efforts.
Le mouvement de révolte anti-CPE pousse les jeunes dans la rue.
Etudiants, lycéens, chômeurs… Mais le débat est clos, par l'utilisation d’un
petit 49.3 qui a évité bien des amendements.
Pour tous les manifestants, cela veut dire la fin d’un travail sûr, même
mal payé. Ils peuvent être « remerciés » sans justification durant deux ans.
C’est un contrat seulement pour eux. L’injustice est trop flagrante.
Pas de discussion ? Un autre combat a lieu à l’Assemblée Nationale. Un
ministre aux ordres écoute l’opposition à son projet, puis conclut par un avis
personnel dithyrambique qui soutient par des propos souvent mensongers le
contraire et fait adopter, car il dispose d’une majorité absolue bien
disciplinée, des articles de lois liberticides sur le net.
Ce simulacre de démocratie, appelé « discussion et transparence » dégoûte
les internautes floués et bafoués.
Pour Alain, debout devant cette station de métro à cette heure de grand
passage, le combat est plus actuel et trivial. Il mendie. Il a besoin de 50
euros par jour pour l’ «hôtel ». Sinon, il ira dormir dehors la nuit. Les plus
grands froids sont passés mais la pluie ou le gel peuvent lui gâcher son
sommeil. Il existe bien des centres d’hébergements. Le soir, on peut les y
emmener, mais à eux ensuite de revenir sur Paris car ces centres sont situés à
l’extérieur. (un comble nda). La mendicité ne peut être viable que sur Paris,
grâce aux nombreux passages.
Et puis, ces centres sont parfois sous la coupe de bandes qui rackettent
en toute impunité, volent et tabassent pour le plaisir.
Alain tend la main à un passant, manifestement provincial. Il tient un
plan dans la main et semble chercher à s’orienter. Celui-ci le dévisage d’un air
incrédule. Alain a l’air gentil avec sa barbe blonde de deux jours. Il est
jeune, en bonne santé. Il s’exprime correctement. Il est français et blanc. Il
n’a pas l’air alcoolique ou drogué. Alors, que fait-il dans la rue ?
Un emploi sans contrat précaire, c’est quand même un emploi, prétend le
premier ministre. La précarité est là depuis longtemps. Cet emploi ne l’a pas
créée. Et puis, licencier sans motif, c’est une garantie pour l’employeur, pas
une volonté manifeste ni une obligation.
Seulement, lorsque on a ce genre de contrat, et pas de parents friqués,
les banques ne prêtent pas, les loueurs ne louent plus, les profiteurs en
abusent. Trois millions de mal logés… recensés, dont certains qui pourraient
payer si on leur faisait confiance. Des taux usuriers pour des crédits revolver,
voilà la seule opportunité qui reste aux petites gens. Payer plus pour avoir
moins.
Elsa choisit de sortir manifester alors que le débat sur les lois DADvSI
continue. Des pans entiers des droits personnels, parait-il protégés par une
certaine commission, tombent en silence. Car les cris des internautes sont
couverts par les « chansons » des « artistes ». Les médias distillent un silence
complice ou se complaisent à jeter de l’huile sur le feu des barricades. En
attendant, le consommateur moyen ne tire même plus sur sa laisse. La technique
lui échappe. Le rêve, les illusions aussi. Il mange des plats insipides,
consomme des boissons sucrées industrielles, écoute de la musique primaire et
mixée sous fond de paroles insignifiantes et se courbe naturellement pour passer
les fourches caudines de la sécurité.
Alain a un don. Inconnu pour lui, non reconnu tel quel par le
bénéficiaire. A la faveur du contact peau-métal-peau, un peu de son fluide
magnétique passe entre lui et son modeste mécène. Celui-ci en ressent un léger
bien-être et une plus grande agilité des doigts qu’il attribue à la sensation de
sa propre générosité. Mais c’est aussi un peu de santé qu’Alain lui a ainsi
transmis.
Le soir, à la télé, il y a un bilan « nuancé » des manifestations. Les
journalistes ont gardé les images les plus violentes, des barricades se montent,
puis se font enfoncer. La Sorbonne est un champs de bataille. Des agitateurs
violents sont arrêtés. Franck boit toutes ces images, seul dans son appartement
tandis que Véra (sa mère « adoptive ») tarde et qu’il ne s’en aperçoit pas. A
l’assemblée, le spectacle, retransmis sur une chaîne moins populaire sombre dans
l’absurde. A Samara (Irak), les américains mènent une énième grande offensive
dans une guerre qui n’en finit pas, sur un territoire qui n’est pas le
leur.
Et cette nuit, nul ne se demande ce qu’il advient d’Alain.
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