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20 / 03 / 2006,
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Les Puces Motos 2007
17 mars 2012
Il fait froid, mais beau. C’est un plaisir de sortir sa bécane pour se
rendre aux « 27 émes Puces Motos » de Niort. Sous ce nom se cache en fait une
grande concentration de motards, avec la possibilité d’acheter des équipements à
moitié prix, des pièces de tuning pour certaines bécanes, des motos d’occase de
tout âge et de toute catégorie.
Ce matin, c’est le moment de faire des affaires. Beaucoup de monde va
tenter de vendre sa moto depuis que la net-république veut limiter les
embouteillages et la pollution par la suppression des véhicules privés sur la
route. Une grande manifestation est prévue. Le parc de deux roues en France est
négligeable, si on en retranche les cyclomoteurs. Et les deux roues ne
provoquent pas d’embouteillages. C’est vrai qu’ils n’ont pas de pots
catalytiques. Mais, depuis huit mois, les importations de motos étrangères ont
cessé. Voxan peine à fournir un dixième de la demande. Le parc de motos
décroîtra avec le temps. Seuls les passionnés pourraient continuer à rouler. Les
motards vont donc tenter de défendre leur existence.
Avec le nouveau mode de scrutin, pour les décisions de la Net Assemblée
Nationale, pour obtenir quelque chose, il faut frapper un grand coup, au niveau
national.
La manifestation sera donc grandiose : Les motards feront faire des tours
de Niort aux visiteurs non motards. On a récupéré des enfants dans les hôpitaux,
et des vieux dans les hospices pour défendre les « nouveaux rebelles ». Des
exhibitions spectaculaires sont prévues… Car, pour « survivre, il faudra être «
populaire ». Pas question donc de garder l’image d’un motard mauvais garçon à la
recherche de vitesse pure et de sensations extrêmes.
Le motard d’aujourd’hui est gentil, serviable, bucolique…
Le Père Jean François Audrain sera là aussi pour dire la messe des
motards et la Dark Dog Academy s’est changée en Pink Panther School. Les
blousons noirs resteront cependant, mais dans un rôle d’anges gardiens pour
effrayer les méchants. Car les enfants, c’est eux qui feront toute la différence
auprès de leurs parents.
Ainsi, quand chaque député nouvellement désigné devra statuer sur le sort
des motards, il ne devra pas voir en eux, comme quelques années auparavant leurs
prédécesseurs, des déviants individualistes, mais une communauté éprise de
liberté au service de tous. Finie la guerre entre les caisseux et les motards.
Les collectionneurs de voiture ont été invités à participer aux réjouissances.
Eux aussi veulent préserver leurs droits de rouler et de conserver leur
véhicule.
Il y a déjà beaucoup de monde sur les bords de la Sèvre. Le parc des
expositions est noir de monde. Le parking à motos est déjà plein et
heureusement, un des parkings extérieurs leur est aussi réservé. Un autre l’est
aussi pour les voitures de collection. Depuis la gare, ou depuis la place de la
brèche, des navettes incessantes emmènent des centaines de visiteurs. La rocade
de Niort vient d’être interdite à la circulation automobile pour que les
véhicules qui y sont bloqués y restent en stationnement. Les motos, quand à
elles, utilisent la voie en sens inverse pour circuler et récupérer les
passagers coincés dans leur véhicule. Le Parc des Exposition ne devient plus
qu’un dixième de la fête, car il est décidé de mettre la moitié des exposants
dans les alentours afin que tout le monde puisse en faire le tour.
Les organisateurs pour le midi donnent délégation à d’autres vendeurs de
restauration rapide car le service initialement mis en place est cruellement
déficient. Des magasins de motos, à Poitiers, Saintes et même Bordeaux chargent
en vitesse camions et remorques pour amener de la marchandise à vendre. Car les
caisseux dévalisent les stands de pantalons de cuir, de blousons, de souvenirs
et achètent même les pires saucissons qui un jour ont pu rouler sur les routes
françaises.
Le samedi soir, la petite ville de Niort a doublé sa population. Mais
aucun motard ne boit plus que de raison. Pas question non plus de rodéos dans
les rues, sauf sur la place de la brèche, réquisitionnée au dernier moment, ou
des pelotons complets de motos pétaradantes défilent sans discontinuer et
contribuent à la liesse populaire. Au parc des expositions, des vedettes sont
arrivées : Randy de Puniet, Arnaud Vincent, Sylvain Guintoli, Alexis Masbou,
Jules Cluzel, et même Olivier Jacques pour ne citer qu’eux.
Puis, les caisseux sont ramenés à leur voiture pour ceux qui veulent y
dormir. Tous les lieux publics type gymnase ont eux aussi été reconvertis en
dortoir. L’école des sous officiers de Saint Maixent a rappelé en hâte ses
cadres non motards et ses élèves pour monter lits et tentes sur tous les
terrains possibles. Les cadres motards, en tenue, guident ou emmènent les gens
désireux de se coucher. A 6 heures du matin, les couche-tard croisent les
lève-tôt.
Et pour les autorités, il s’agit de gérer la deuxième journée. Une voie
est dégagée pour permettre aux poids lourds chargés de motos, arrivés pendant la
nuit, de passer pour amener leur marchandise au parc des expositions et au stade
niortais. En effet, les chamois acceptent d’annuler leur match et leur pelouse
est prise d’assaut par vendeurs et visiteurs à compter de 10 h du matin . Toutes
les voitures du périphérique sont soit poussées sur le coté, soit évacuées avec
leurs occupants. Les voitures qui arrivent de toute la France resteront bloquées
jusqu’à 11h 30 aux péages des autoroutes en provenance de Poitiers, Saintes ou
Nantes, puis seront guidées sur des aires de stationnement. Là, les motards
nouvellement arrivés, reprendront avec les bus leurs navettes incessantes. Ils
sont à la fois le spectacle, et les acteurs de son organisation. Les motos
vendues ne pouvant quitter les lieux (car la plupart des acheteurs n’ont pas le
permis), elles aussi font le spectacle même si le panneau « Vendu » donne des
regrets à certains retardataires. Car maintenant, on arrête des motards avec des
liasses de billets pour leur acheter leur bécane. Et là, le bât commence à
blesser. Des appels à la patience sont lancés par la FFMC (Fédération Française
des Motards Contents) . Le but est proche. Le vote aussi. Il faut que la
population française soit favorable à l’existence des motards, même si les
voitures individuelles sont condamnées à brève échéance. Les nouveaux médias
couvrent l’évènement.
Le lundi, les gens commencent à repartir et la situation redevient
normale le mercredi. Les clubs moto de la région se chargent du nettoyage des
rues et des parkings, puis du convoyage des bécanes achetées par les caisseux.
Chanceux celui qui conduit une vieille 1200 venture à Marseille. Moins, celui
qui ramène une 125 à Lille.
Le mercredi 21 mars 2012, la décision de la Net Assemblée Nationale
tombe. Les motards auront le droit de circuler les week-ends uniquement pour des
activités de loisirs, ainsi que les voitures de collection et un contingent de
1% de caisseux pour chaque modèle existant de moins de dix ans. Ce contingent
sera tiré au hasard parmi les numéros de plaque. Les autres voitures seront
rachetées à leurs propriétaires pour être nationalisées (et donc collectives et
attribuées chaque jour) ou détruites.
La mise en application se fera le deux mai, aux beaux jours. Au feu
rouge, quand il apprend la nouvelle au guidon de sa superbe Goldwing modèle 92,
l’homme sourit et en mordille le bâton de sa sucette de plaisir. Il n’a pas
choisi un casque intégral à cause de cette manie, mais grâce à la généreuse
bulle sur ce modèle, et une visière qui descend assez bas il est bien protégé du
froid et des insectes qui croisent sa trajectoire tout en pouvant satisfaire son
« vice ». C’est important de penser à tout quand on s’équipe et qu’on choisit
une bécane.

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