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28 / 03 / 2006,
19:26
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16 juin 2009
Véra fait un malaise dans le métro. (Véra est aussi le prénom de la mère
adoptive de Franck. C’est d’elle dont il s’agit) .Elle a eu son premier il y a
trois ans. Et deux dans l’année précédente. Il est 18 h 30, heure d’affluence.
Aussitôt, un passager donne l’alerte. Mais personne ne peut vraiment s’écarter.
A la station suivante, Véra est allongée sur des sièges inconfortables (pour
éviter que des clochards viennent y dormir). Mais les secours tardent.
L’ambulance est gênée à cause des manifestations. Elle n’arrive à l’hôtel Dieu
(distant seulement de 2 km) qu’une heure après.
A 19 h 30, Véra rentre maintenant dans le cadre des urgences. Elle est un
peu vaporeuse mais consciente. Elle va donc pouvoir attendre une heure de plus,
allongée tout de même. Cela permet au secrétariat de l’hôpital de consulter son
dossier « Sécu ». Tiers payant, mutuelle… et petit salaire de fonctionnaire.
Quand un docteur va la prendre en charge, il va constater (chance car
parfois, on ne peut le voir même après un malaise) une anomalie cardiaque grâce
à un monitoring. Il va donc la diriger sur le service effectuant les
échographies en couleur. Le cœur est ainsi filmé durant une minute. On y voit
bien les dégâts causés par le mini-infarctus qu’a fait Véra trois heures plus
tôt. On y voit aussi deux coronaires au diamètre très réduit. Il va falloir
opérer dans un proche avenir et lui faire un pontage, voire
plusieurs.
Et c’est là que le bât blesse. Il y a encore deux ans, un cardiaque était
pris en charge à 100% par la Sécu. Le 100% Sécu n’existe plus à cause de la
crise économique. Deux fois plus de chômeurs, des finances exsangues malgré les
20% de prélèvement sur les salaires. En plus, la base salariale, avec la
mondialisation a encore baissé. Mais les frais hospitaliers ont
explosé.
Alors, il a fallu tailler dans les remboursements et prendre des
décisions. Les cures dans les villes d’eau pour « maigrir » ou soigner des
problèmes allergiques, des problèmes respiratoires etc… sont toujours bien
remboursées car elles contribuent aux économies locales. Il faut aussi financer
une grande part du prix demandé par les maisons de retraite, organismes privés
d’utilité publique, car sinon elles seraient vides. Par contre, les malades
chroniques doivent participer à leur traitement.
La mortalité chez les personnes âgées ou fragiles, et pauvres a donc
doublé depuis deux ans. C’est autant de frais en moins pour la collectivité.
Mais c’est aussi moins de revenus pour les hôpitaux. Il faut donc augmenter les
tarifs, donc augmenter la part que doivent verser les patients. Les guerres
économiques peuvent être plus meurtrières que les vraies et personne ne
s’aviserait de faire le décompte des victimes.
Afin de ne pas permettre la critique, il existe encore la possibilité
d’être soigné gratuitement. C’est le vendredi. Ce jour là, l’hôpital opère les
indigents. Il y a six mois d’attente. Et Véra n’y a pas droit car elle gagne
trop. C’est un paradoxe à la française. Depuis 20 ans que Véra travaille, avec
les 11% puis les 14% et enfin les 21% de CSG qui lui sont retirés du salaire,
elle aurait pu se payer l’opération. Mais le prix de celle-ci pour Véra est hors
d’atteinte pour elle aujourd’hui. Non seulement elle paye, mais ceux qui ne
payent pas pourront peut-être être soignés (un sur vingt) mais pas elle. Coluche
avait dit, 30 ans avant « La solidarité, c’est de faire payer aux pauvres pour
plus pauvres qu’eux ». Aujourd’hui, être celui qui aide n’est pas un avantage
par rapport à l’assisté.
En 2006, l’heure était déjà aux économies. Véra « pouvait attendre ». En
2007, elle n’était pas encore opérée quand la gauche décida de ne plus
rembourser les cardiaques à 100% . Et aujourd’hui, elle devra encore survivre
grâce à une petite intervention de dilatation pour les coronaires (mais pas de
pontage) et de médicaments qui amélioreront un peu le rendement du cœur mais qui
ne soigneront pas la cause des malaises et ne récupéreront rien de la zone
endommagée par l’infarctus qui va alors se nécroser. Et pourtant, ce traitement
insuffisant va mettre son compte en banque dans le rouge.
Véra survivra encore une petite année. Les banques ne lui accorderont pas
de crédit lui permettant de se faire soigner car elle n’était en assez bonne
santé pour prétendre y avoir droit à la lecture de ses réponses au
questionnaire. Franck ne se résignait pas à l’inéluctable. Il tenta, à 15 ans,
ses premiers trafics pour trouver l’argent nécessaire pour sa mère adoptive. Il
commença aussi à cambrioler, ou voler dans les voitures. Mais l’argent obtenu
auprès des receleurs était très insuffisant. Sa haine pour la société s’en
trouva exacerbée.
Conduite en urgence le 13 mai 2010 après une troisième attaque, une
infirmière miséricordieuse la plaça seule dans une chambre pour lui laisser ses
dernières heures au calme. La Faucheuse s’arrangea entre copines avec la
troisième Parque pour venir chercher Véra durant son sommeil, sans douleur. Dans
l’hôpital, nul ne faisait trop attention, (sauf le fantôme de la SACEM encore
prêt pour empocher post mortem des royalties puisque l’hôpital selon lui n’était
pas digne d’une exception), à la voix de Georges, sur la radio interne, qui
chantait, pas très fort « Toi, petite Véra, quand tu mourras, quand le
croque-mort t’emportera, qu’il te conduise à travers ciel, au Père Eternel
»
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