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05 / 05 / 2006,
18:25
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17 novembre 2007.
Alain est
resté passer la nuit chez Jasmine en septembre. Il y est encore. Le studio est
petit mais ils ne font qu’un. Pour elle, et grâce à elle, Alain travaille pour
une agence d’intérim. Il est manutentionnaire. Discret et courageux, il a les
faveurs du manager qui préfère l’envoyer lui, plutôt qu’un bras cassé. Car Alain
a le moral et donc de l’ardeur.
L’argent qu’il ramène lui permet de ne pas peser sur le maigre budget de
Jasmine, et même parfois de le soulager d’une partie du loyer. Battante, Jasmine
porte un peu la culotte. Mais elle aime se reposer sur la solide douceur
d’Alain.
Le soir, Jasmine étudie tandis que Alain lit ce qui lui tombe sous la
main. Elle est étonnée de voir le nombre de réponses justes que Alain peut
donner aux jeux télévisés, sauf quand il s’agit de sport, de variétés ou de
statistiques. Il parle peu, bricole si il le faut, et fait toujours quelque
chose, même dans le studio.
Les manifestations depuis le début de l’année ont retardé l’avancement du
programme. Depuis septembre, elles ont lieu trois jours par semaine. Mais
Jasmine n’y va plus que le mardi, et accompagnée d’Alain. Car les CRS cognent
fort maintenant. Alain serait plutôt désabusé en politique, mais ce manque de
passion est compensé par des analyses très claires de la situation. Selon lui,
il n’y a rien à faire avant que le système ne se brise. Une fois brisé, il
faudra bien changer de modèle. Mais sinon, la peur du lendemain, entretenue par
les dirigeants qui sentant la fin exploitent la situation à fond, dissuade la
rue de déclencher une révolution. La lassitude et la misère poussent les plus
fragiles au suicide ou à la rue. Alain souffre pour ces camarades
d’infortune.
A la télévision s’étalent le luxe et la bêtise. Des animateurs organisent
des jeux concours entrecoupés de publicités et des candidats pleurent de joie ou
de déception en fonction de leurs gains. C’est la réalité qui remplace la
fiction. Plus la peine de produire des soaps insipides. Acteurs malgré eux, les
candidats passionnent les téléspectateurs.
Aux émissions de variétés, les jeunes chanteurs non SACEM six mois avant
ne sont toujours pas invités sur les plateaux. Les chanteurs « professionnels »
ne chantent plus leurs productions, réservées à la vente. Ils se distribuent
librement sur le net depuis la suppression de la SACEM en août mais cette fois
la concurrence est dure. Ils chantent les chansons des autres, de préférence
morts au lieu de devoir créer une qualité qu’ils savent inférieure. Ainsi, ils
pensent qu’ils pourront « rester au sommet ».
Plus aucun CD n’est pressé en France. Les majors ont déserté le pays. Le
« piratage » explose, bien que le total des chiffres cumulés des ventes sur le
net décuple, à un prix pourtant réduit au cinquième. Le piratage sera toujours
plus avantageux que le téléchargement payant et comme les revenus baissent
régulièrement, certains choisissent encore l’opprobre. Car il est admis que si
un titre a plu, il est de bon ton de passer à l’acte d’achat auprés de son
auteur, ou de s’abstenir de la deuxième écoute…
Ce soir, Alain est fâché contre Jasmine. Il a été inscrit à son insu au
jeu du Pouilleux. Ce jeu se joue à dix. On pose une question au premier
candidat. Si il répond convenablement, Gain, sinon pouilleux. Puis une autre
question au deuxième candidat. Bonne réponse, double gain, mauvaise réponse,
perte des gains et pouilleux pour le candidat, à la place du premier. Il y a
possibilité de dire Stop. A ce moment là, il y a encaissement des gains et
récupération du pouilleux par le candidat qui a choisi de ne pas répondre à la
question avant qu’elle ne soit posée. A la fin des 4 minutes, le Pouilleux est
éliminé, sauf si celui qui a le plus encaissé choisit d’éliminer un autre
candidat, au hasard, et qu’il n’est pas lui-même le pouilleux. Il a le choix
d’éliminer un mauvais qui fait perdre des gains et sauver un « encaisseur » ou
d’éliminer un bon qui peut l’inquiéter pour la suite. Et il faut savoir prendre
des risque (encaisser et se pouillarder) pour pouvoir décider
ensuite.
L’animatrice Marie Rose, une vieille habillée en maîtresse d’école, fait
alors : « Ce soir, vous êtes le Pouilleux. Quittez la classe . Au revoir ! »
Le dernier encaisse la moitié de la totalité des gains engrangés (car le
paiement des gains est assuré par les SMS, dont un gagnant, tiré au sort
partagera avec le vainqueur) . Il est le premier de la classe, et peut
participer aux « classes supérieures » tous les dix gagnants. Puis, aux classes
« spéciales » toutes les dix classes supérieures et enfin aux classes «
d’honneur ». Là, le gain de base, celui qui va être doublé est 1000 fois plus
élevé que pour les classes de base. ( 1 émission tous les ans seulement car il y
a 4 parties durant 250 jours de l’année.) Mais les questions de base sont assez
dures aussi.
Jasmine savait qu’il y avait déjà 9 gagnants de classes spéciales et 9
gagnants de classes supérieures quand elle a inscrit Alain par internet.
L’émission de classe d’honneur est donc pour bientôt. Et Alain était meilleur
que les autres gagnants de classe spéciales lorsque ils regardaient l’émission
ensemble. Elle espère donc trois parties mémorables, et lucratives, et la
dernière est pour la grand soirée du samedi 22 décembre.
Alain a déjà gagné une fois. Il est convié à l’enregistrement de niveau «
classe supérieure. Il a encaissé 960 euros la première fois. Cette fois, le gain
de base est à 100 euros. Mais il a toujours honte d’aller à la télé. C’est bien
pour faire plaisir à Jasmine.
Quand il arrive sur le plateau, il reconnaît les neufs gagnants
précédents. Trois ou quatre ont eu de la chance, mais il y a quand même des
bons. Il y a 6 hommes et 4 femmes.
Marie Rose est particulièrement odieuse cet après-midi, pour le grand
plaisir du public qui se moque des candidats à gorge déployée. Normal qu’à un
jeu de pouilleux on se moque de la tête d’un candidat.
« Qui ce soir est venu avec une tête d’épingle ? Qui ce soir a laissé sa
lotion au vestiaire ? Qui est venu avec ses lentes ? … »
C’est parti. Les questions sont faciles mais la voisine d’Alain fait
perdre 1600 euros. Au bout de trois minutes, plus personne n’ose dire « GAIN »
et 3200 euros ne seront pas empochés. Néanmoins, il y a eu deux gains à 800 et
400 ce qui donne 1200 euros de gagnés au premier tour. La voisine « saute » et
sort sous les huées du public.
5 minutes de repos. Puis le jeu reprend.
Alain tombe sur une question « variété » , perd 800 euros et devient le
pouilleux. 40 secondes plus tard, c’est au tour du candidat chauve, ce qui
déclenche l’hilarité. Alain se reprend et répond correctement deux fois de
suite. A la 4 minute, il y a 2000 euros de plus et un autre candidat est
éliminé. Au troisième tour, les questions se corsent un peu et le « pouilleux »
se déplace plus rapidement. Une autre femme est éliminée mais plus que 600 euros
d’empochés. Au 4 tour, ce sera 1800 euros et encore une femme est éliminée.
Au 5 tour, les questions sont difficiles mais alain remarque que celles
de la dernière femme sont plus simples. Et lorsque elle devient pouilleuse, les
questions se corsent vraiment pour les candidats suivants. Il comprend alors
qu’il sera dur de gagner car manifestement elle est avantagée par la production.
Des neufs gagnants précédents, il n’y a que deux femmes. Le cst1:PersonName>hallenge est plus dur, mais il relève le
défi. Au 6 tour, il joue un gain à 3mn, empochant ainsi pour l’équipe 1600
euros. Un candidat se trompe. C’est lui le pouilleux. A la fin des 4 minutes,
Alain joue son va-tout et fait valoir son droit de préemption. Il fait virer la
candidate. Stupeur de Marie Rose, qui lui fait bien répéter son choix et insiste
lourdement comme quoi cette candidate ne se trompe pas beaucoup, rapporte de
l’argent, le traite de macho, le fait huer par la salle. Rien y fait. Jasmine
elle-même semble ne pas comprendre et lui fait une moue de trois kilomètres de
long . Alain n’en démord pas. La pause dure un quart d’heure cette fois, en
l’absence de Marie Rose. Les autres candidats ont compris et sentent qu’ils ont
maintenant leur chance. Au tour suivant, le chauve pour se faire bien voir
élimine Alain, bien qu’il ne soit pas le pouilleux. « Juste retour des choses.
Vous êtes le plus pouilleux des pouilleux d’aujourd’hui. Quittez la classe sur
le champs ! » conclut Marie Rose.
Alain s’en moque. Il le dit à la caméra « A me chercher des poux, on a
juste prouvé que j’avais vu juste ». Un quart d’heure plus tard, le chauve
empoche 10800 euros et exhulte.
Jasmine rejoint Alain et lui jette un méchant regard. Alain lui glisse en
silence que le jeu lui est apparu truqué, donc qu’il en a changé les règles.
Jasmine ne semble pas convaincue. Mais quand on leur interdit de rejoindre les
autres au pot de fin d ‘émission, elle commence à le croire. A la sortie du
studio, deux vigiles attendent Alain. Le lieu est désert. Leur attitude est
clairement menaçante. Le premier fait comprendre à Jasmine de
s’éloigner.
Mal lui en prend. Tandis que Alain se prend déjà quelques mauvais coups,
Jasmine massacre son adversaire. Coup de boule rotatif à variation de vitesse,
coup de coude dans les cotes, coup de genou bien (mal) placé, puis paf le nez.
Son adversaire s’effondre et après deux trois coups de pied dans le bide, elle
lui saute carrément dessus quand elle voit Alain en triste situation. Le second
sbire a encore moins de chance que le premier. Cette fois, ce n’est plus du
défoulement, c’est de la colère. Au lieu de frapper, elle lui accroche le
poignet, le fait pivoter, puis brise le dit poignet. Puis, sans lâcher sa prise,
elle lui écrase le pied, et explose la cheville. Quand elle le lâche, il la
regarde d’un air méchant en se tenant le poignet et sur un pied. Elle prend
alors son élan, lui envoie son pied dans la figure et lorsque elle le repose, le
bouscule en arrière. Il tombe lourdement sur ses fesses. Elle lui pose le pied
sur l’entrejambe et appuie de tout son poids. Il en a les yeux qui se révulsent.
Pensant qu’il s’agit d’alain pour l’origine des cris, les autres vigiles
rigolent derrière la porte au lieu d’intervenir. Jasmine achève l’abruti d’une
griffure en travers du visage, à défaut de lui crever l’œil et décide de lui
refaire le même nez qu’à son collègue.
Puis, elle va aider Alain à se relever. Il n’est pas beau à voir. Elle
l’embrasse sur le front, car il a la bouche en sang. « Rentrons, tu vas voir, je
suis une très bonne infirmière »

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