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Drapeau noir o:p>
Les zègles de la route reviennent de l'enfer pour transformer les rampants en carpettes. Carpaccio à tous les carrefours, pleins feux sur le bitume. Vive le cocktail essence-kéro nitreux pour effacer les miasmes du diesel colza. Bottes de cuir renforcées titane, tee-shirt noir iron maiden, pantalon cuir, lunettes noires, casque rond, tatouages, piercings, cheveux longs, nana même look mais en plus dénudée, bande de copains aussi déjantés, et c'est parti pour semer la terreur et la désolation. La horde sauvage des bikers, tueurs de flics, bouffeurs de max fou, en deux, trois ou quatre roues reviennent pour régler leurs comptes avec les radars automatiques et les empêcheurs de rouler librement. Derrière eux, les quat- quatreux , les truckers et les roadsters comptent bien éparpiller les restes.
Quoi ? La route est devenue un long fleuve tranquille sur lequel on se déplace en fauteuil, avec une ceinture de sécurité, un coussin d'air, une direction assistée, un régulateur de vitesse, un ordinateur de bord, un radar anti-collision, et une chaine hifi pour écouter les mièvreries de la star'ac ? On entend plus les moteurs, les pneus font cinquante mille kilomètres et les freins sans amiante ne chauffent même pas. Tu roules avec un litre d'eau, 200 g de sucre et 4 frites végétaline au cent tout en payant une taxe au kilomètre à l'état puisque on ne peut plus taxer le carburant . 2 km/h de trop, une bière et ne pas avoir branché le pilote automatique, et c'est l'amende, l'emprisonnement, la perte des droits civiques, de son boulot et la confiscation du véhicule. Obligé ensuite d'utiliser les transports en commun avec le 4° age. Et sans dire de gros mot et pas le droit d'allumer une clope.
Quand à la bagnole, tu paies une assurance pour les frais médicaux, mais le dégonflage des quarante huit airbags au moindre choc est à ta charge. Pour la bagatelle de 10 ans d'économies, tu as le droit de rouler à 30 à l'heure dans une voiture jetable biodégradable dés le premier jour. Mais t'as la clim et tu règles la vitesse de l'air sur ton visage.
Sortis des âges sombres des premiers temps de la circulation, ils viennent venger leurs frères d'aujourd'hui, obligés de regarder de vieux films d'action bien truqués dans des « fauteuils de simulation » comme certains regardent des films X en cachette au lieu de proposer un truc bien sympa à Germaine. Les moteurs rugissent, l'huile chaude suinte, l'air vrombit autours d'eux et remue les tripes. Sous les capots, les pompes de reprise aspirent bruyamment leur ration de jaja. Les culasses rougissent, les pistons cognent, les carrosseries vibrent, les freins couinent, les pneus hurlent. Des vapeurs noirâtres troublent l'horizon derrière eux.
Cinquante kilos . C'est le poids à vide d'un véhicule automobile individuel. La couleur autorisée pour les particuliers est le jaune canari. C'est visible de loin. C'est rassurant. Tu peux rajouter deux wagons, un pour l'épouse et/ou les courses, et le dernier pour les gosses. De toute façon, tu n'as pas le droit d'en avoir plus de deux (wagons, épouses, enfants…). La carrosserie est en fibre de verre. Le chassis est réduit à sa plus simple expression et de nombreux silent-blocs en caoutchouc font oublier la présence du moteur à dépression.
Qui sont-ils ces rebelles à l'Ordre établi depuis 2010 ? Deux générations de veaux consommateurs encadrés par des gorilles et la diffusion neuro-medias ne peuvent avoir engendré cette marée contestataire.
Les « balles de tennis » (surnoms donnés aux voitures) essaient de fuir mais le demi-tour est interdit par d'autres fuyards . Certains préfèrent donc les profonds fossés qui bordent la route de chaque coté et qui n'offrent aucun echappatoire par les champs environnants aux lances perforatrices du premier rang des motards sombres. Les conducteurs restent alors bloqués par leur ceinture et les airbags. Ils assistent alors effarés au spectacle dantesque qui est en train de se monter.
Car, dans l'autre sens, surmontés de gyrophares, les blindés gris des forces de sécurité écrasent sans hésitation les particuliers qui les gênent pour se porter au plus vite au contact des réfractaires. Au sommet de chaque tourelle, un sous-officier scrute l'horizon avec ses jumelles de derrière son bouclier en plexiglas. Les blindés sont à deux de front et leur colonne est ininterrompue sur un bon kilomètre. Entre les grosses roues, deux sinistres aiguilles noires, des canons de mitrailleuse 12,7 ressortent de la caisse par une sombre fente.
Les deux masses se rapprochent. A 200 m l'une de l'autre, les armes automatiques et les pots d'échappement crachent le feu. Les deux premiers rangs de motards sont décimés, le troisième rang s'écrase sur les deux premiers blindés et parviennent à les stopper. Puis les fourmis noires descendent des véhicules pour monter à l'assaut des pachydermes. Les premiers rangs n'ont pas le temps de réagir que les occupants sont tués avec des grenades lancées par les écoutilles, les roues sont bloquées par des X d'aciers en trois dimensions disposés au sol qui pénètrent dans le pneu, puis se coincent entre celui ci et la carrosserie, ou entre deux pneus. Les fossés latéraux trop profonds ne leurs permettent pas la fuite, et les chars suivants ne comprennent pas ce qui se passe devant eux car ils sont gênés par le précédent. Quand les silhouettes noires sortent de la mêlée, il est déjà trop tard pour l'équipage surpris. Seul le dernier tiers aura le réflexe de fuir, alertés par les cris des radios agonisants sur leur fréquence, tout en tirant sur leurs camarades de devant, afin de retarder l'avance ennemie car ils fuient en marche arrière.
Protégés par les derniers chars en feu, alors qu'ils ne les avaient pas encore atteints, les rebelles laissent éclater leur joie. Mise à part dans les premières secondes de la confrontation, leur vitesse leur a permis d'avoir des pertes légères pour une victoire totale. Les quatre roues chargent les morts et les motos, et la horde retourne à son néant initial avant l'arrivée des forces aériennes.
Celles –ci vont vitrifier la zone, avec les témoins encore vivants dans leur balle de tennis, et les quelques blessés survivants dans les véhicules blindés . Le monde ne doit pas savoir qu'une force inconnue résiste encore au régime du Grand Tsar Kho Six

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